
Lors de vos promenades dominicales dans la région, il est possible que vous soyez amenés à franchir des ponts « pas comme les autres ». En effet, après le débarquement de Normandie le 6 juin 1944, et au fur et à mesure de l’avancée des combats dans le bocage Normand, certains ponts franchissant rivières, voies ferrées etc. se sont trouvé détruits.
Les Alliés, qui au préalable ont réalisé une grande prouesse en termes logistiques pour apporter avec eux des ports artificiels et les construire à Arromanches et Omaha Beach, ont également apporté dans leur chaîne logistique des ponts modulaires pouvant être construits très rapidement et permettant aux blindés, à la troupe mais aussi toute la chaîne logistique de suivre l’avancée du front…
Ces ponts, considérés comme l’une des grandes innovations technologiques du conflit, ont été conçus par l’ingénieur britannique Donald Bailey, d’où leur nome de « pont Bailey ». Répondant à un cahier des charges rigoureux : facilité et rapidité de montage, éléments transportables par six hommes maximum, conception simplifiée, adaptabilité en longueur et en charge (35 à 70 t.), l’élément de base du pont Bailey est un panneau d’acier en forme de diamant, mesurant 1,5 m sur 3 m, composé de dix-sept pièces et pesant 285 kilos. Tous les éléments du pont pouvant être transportés par camion ou par avion.
Déployés massivement en Normandie dès 1944, ils ont joué un rôle crucial dans la progression des forces alliées, puis serviront de pont de secours pendant la période d’après-guerre.
On estime à près mille le nombre de ponts alors déployés sur le territoire normand. Aujourd’hui seuls cinq exemplaires sont encore conservés en tant qu’ouvrage de franchissement, dans les communes de Lougé-sur-Maire (61), Saint-Hilaire-Petiville (50), le Mesnil-Mauger (14) – pont légèrement différent de type « Callender-Hamilton » et Bouville (76).
Si vous passez dans ces communes, soyez attentifs à ces ponts, si discrets.
Parfois réparés, avec des éléments remplacés du fait de leur usure, ils restent des éléments du patrimoine.
D’autres ponts détruits lors des combats de 1944, furent remplacés par d’autres éléments issus de la logistique alliée : il s’agit des éléments dénommés « Whale », structure métallique constituant les éléments de chaussées flottantes du port « Mulberry B », bâti par les Anglais à Arromanches en 1944.
C’est le cas unique de nos jours, dans la commune de Saint-Denis-de-Méré (14), au lieu-dit « Les Bordeaux » où l’ancien pont fut détruit dans la nuit du 29/06/1944, par un groupe de résistants menés par Julien Begyn dit « Lapin », accompagné de 9 autres résistants.
Rare témoin de la logistique alliée, le pont des Bordeaux, installé après les combats de 1944, illustre l’ingéniosité du génie militaire. Issu du débarcadère d’Arromanches, il fait partie des rares exemplaires encore en place aujourd’hui, remarquablement conservé et toujours en usage.
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